Bouddha et moi.

pensées et questions sur le bouddhisme

08 août 2005

Que sont l'amour et la compassion d'un point de vue bouddhiste ? En quoi sont-ils importants ?

L'amour est le souhait que tous les êtres sensibles (tout être qui a un esprit et n 'est pas encore pleinement éveillé) aient le bonheur et ses causes. La compassion, c'est leur souhaiter d'être libres de la souffrance et de ses causes. Nous travaillons d'arrache-pied à cultiver ces sentiments pour tous les êtres également - nous-mêmes, ceux que nous connaissons, et ceux que nous ne connaissons pas.

Amour et compassion bénéficient à nous-mêmes et aux autres. Quand ils nous animent, nous nous sentons en contact avec tous les êtres vivants et reliés à eux. Les impressions d'aliénation et de désespoir s'effacent pour être remplacées par l'optimisme. Quand nous agissons avec ces deux motivations, ceux qui nous touchent de près bénéficient de la proximité de quelqu'un de gentil. Notre famille sent la différence, de même que nos collègues, nos amis et les gens que nous rencontrons dans la journée. Cultiver l'amour et la compassion est un moyen qui nous permet de contribuer à la paix dans le monde. En outre, cela laisse beaucoup de bonnes empreintes dans notre courant de conscience, si bien que notre pratique spirituelle progresse mieux et nous devenons plus réceptifs pour réaliser la voie vers l'éveil.

Posté par namgyel à 14:07 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Le bouddhisme parle d'aimer tous les êtres avec impartialité. Est-ce possible ?

Oui. Cela implique de regarder au-delà des apparences superficielles dans le coeur des autres, et de reconnaître que chacun des êtres sensibles veut, aussi intensément que nous, être heureux et éviter la souffrance. Sous ce rapport, tous les êtres sensibles sont égaux. Familiariser sans cesse notre esprit avec cette manière de voir rabat le caquet à l'esprit critique, l'esprit qui juge et qui aime prendre les autres en faute. Par exemple, quand nous faisons la queue, nous nous livrons à des commentaires sur les gens qui nous entourent : "Celui-ci est trop maigre... Pourquoi celle-ci s'habille-t-elle si mal ?... Cette personne a un air agressif... Cette autre veut en mettre plein la vue." Ce genre de monologue intérieur est fondé sur des apparences superficielles et de fausses suppositions, et il ne sert qu'à renforcer nos préjugés et à nous donner l'impression que nous sommes à part des autres. Si nous entraînons notre esprit à regarder plus profond et à reconnaître que chacun est exactement pareil à nous en ce qu'il veut le bonheur et ne veut pas souffrir, nous nous sentirons alors un lien en commun avec tout un chacun, et nous serons capables de souhaiter du bien à tous également. Inutile de dire que, pour cultiver une telle attitude, nous devons y mettre le paquet. Nous ne pouvons nous contenter d'y penser deux ou trois fois et nous attendre à ce que tous nos partis pris disparaissent instantanément !

Nous sommes des êtres d'habitudes, et il nous faut faire des efforts pour nous tirer de nos habituels jugements, réaction émotives et comportement vis-à-vis des autres. Chaque instant de notre vie est neuf et nous donne l'occasion de ressentir et de faire les choses différemment. Chaque fois que nous rencontrons quelqu'un, nous avons une opportunité de nous connecter, de donner et d'échanger de la bienveillance. Si seulement nous nous réveillions et profitions de toutes les opportunités, car il s'en présente tellement chaque jour !

Posté par namgyel à 14:25 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 août 2005

Si nous aimons tout le monde également, les relations sociales normales vont-elles éclater ?

L'amour est une émotion que nous voulons cultiver dans notre coeur
pour tout le monde. Mais cela ne veut pas dire que nous traitions tout
le monde de la même manière. Par exemple, nous reconnaissons encore
les limites et les capacités des enfants, et nous entrons en relation
avec eux en tant qu'enfants, non en tant qu'adultes. Evidemment, nous
traitons les personnes que nous connaissons différemment des inconnus,
parce que les rôles conventionnels socialement reconnus tiennent
toujours. Si quelqu'un est mal disposé contre nous, nous devons
écouter, communiquer et tenter de mettre fin au conflit. Nous ne
traiterons pas cette personne comme s'il n'existait pas de dissension,
car elle croirait que nous ne l'entendons pas. Toutefois, quelque soit
le genre de relation que nous ayons avec une certaine personne à un
moment donné, cela ne nous empêche pas d'avoir une attention égale
pour tous dans notre coeur.

Posté par namgyel à 13:23 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Quelle est la différence entre compassion et pitié ?

La compassion est le souhait que tous les êtres sensibles soient
libres de la souffrance et de ses causes. Comme l'amour, on l'engendre
à partir du moment ou l'on accorde une valeur égale à la souffrance
de chacun. Alors qu'il y a un différentiel en termes de pouvoir dans
le cas de la pitié, il n'y en a aucun lorsque nous avons de la
compassion. Quand nous avons pitié, nous nous voyons comme un être
supérieur et, avec condescndance et une fausse sympathie, nous nous
apitoyons sur ceux que nous considérons comme inférieurs à nous. La
compassion, par contre, est très directe, et sur un pied d'égalité.
La souffrance est à écarter, peu importe à qui elle appartient; et
si nous avons l'occasion d'y aider, medestement ou largement, nous le
ferons.
Par exemple, quand nous marchons sur une épine, notre main se tend
vers le bas, retire l'épine et panse la plaie. La main ne dit pas :
"pied, tu es idiot! je t'avais déjà dit de regarder ou tu vas, mais
tu ne l'as pas fait. Et maintenant, il faut que je te soigne. N'oublie
pas que tu me dois quelque chose ! " Pourquoi la main ne "pense"-t-elle
pas ainsi ? Parce que la main et le pied font partie du même organisme
et s'entraident naturellement et spontanément. De même, si nous nous
considérons comme faisant partie d'un même organisme, faisant partie
de toute vie sensible, nous tendrons vers les autres comme s'ils
étaient nous. C'est le genre de compassion que nous assayons de
cultiver par la pratique.

Posté par namgyel à 13:25 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Pourquoi nous aimer nous-mêmes et avoir de la compassion pour nous-mêmes ?

Prendre soin de nous-mêmes est important. Le bouddhisme ne nous
demande pas de nous négliger au nom de la compassion, de sorte que
nous devenions un poids pour les autres et qu'ils doivent prendre soin
de nous. Nous devons nous aimer et prendre soin de nous d'une manière
saine - mais pas d'une manière obsessionnelle. Nous devons garder
notre corps propre et faire attention à notre santé. Nous devons
garder une disposition heureuse afin de pouvoir, à notre tour, donner
aux autres de bon coeur et gaiement. Nous aimer et avoir de la
compassion pour nous-mêmes ne veut pas dire nous laisser aller à tous
nos caprices ou nous faire passer nous-mêmes avant tout le reste. Si
nous nous préoccupons de toutes les petites choses qui nous arrivent,
et si nous faisons une histoire de la moindre petite émotion que nous
ressentons, nous deviendrons trop sensibles et trop susceptibles. Cela
nous rendra plus malheureux. L'obsession de soi et l'amour de soi sont
très différents.

Le dalaï-Lama dit : "si vous voulez être égoiste, soyez sagement
égoistes. Soyez attentifs aux autres !" Si nous sommes tournés vers
nous-mêmes et ignorons les préoccupations des autres ou les faisons
passer apr¨s les nôtres, les autres serton malheureux. Alors, nous
vivrons dans un entourage malheureux ce qui fera obstacle à notre
propre bonheur. Si nous faisons attention aux autres, ils sont heureux
et le lieu ou nous vivons a une bonne ambiance, ce qui, à son tour,
nous aide à être heureux. De plus, les actes motivés par la
préoccupation de soi plantent des graines karmiques négatives dans
nos courants de conscience, mûrissant en expériences déplaisantes
pour nous, tandis que les ctes motivés par l'attention et le souci
d'autrui authentiques créent de bonnes graines karmiques, qui nous
apporteront du bonheur.

La détermination à être libre de l'existence cyclique et à
atteindre le nirvana, qui est le premier des trois aspects de la voie
(les autres étant l'intention altruiste et la sagesse qui a conscience
de la vacuité), signifie que l'on a de la compassion pour soi-même.
Ne voulant pas continuer à souffrir dans l'existence cyclique, nous
cultivons l'aspiration à en être libre. Ce type de compassion pour
nous-mêmes est nécessaire à notre progrès spirituel. C'est aussi
une condition nécessaire pour pouvoir engendrer de la compassion pour
tous les autres êtres sensibles.

Posté par namgyel à 13:28 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Quelle différence y a-t-il entre être attaché aux autres et les aimer ? Pourquoi l'attachement pose-t-il problème ?

Dans le bouddhisme, on définit l'attachement comme l'attitude
consistant à exagérer les qualités des autres ou à projeter sur eux
des qualités qu'ils n'ont pas, puis à s'accrocher à ces personnes.
Avec l'attachement, nous nous soucions des autres parce qu'ils nous
font plaisir. Ils nous font des cadeaux, des compliments, nous aident
et nous encouragent. Avec l'amour, nous voulons que les êtres
sensibles aient le bonheur et ses causes, tout simplement parce qu'ils
sont des êtres vivants comme nous. Quand nous sommes attachés aux
autres, nous ne les voyons pas tels qu'ils sont, et par là nous en
arrivons à attendre d'eux beaucoup, pensant qu'ils devraient être
comme ci et faire cela. Puis, s'ils ne se montrent pas à la hauteur de
ce que nous pensions qu'ils étaient ou auraient dû être, nous nous
sentons blessés, déçus et nous nous mettons en colère.
Quand nous aimons les autres, nous n'attendons rien en retour. Nous
acceptons les gens tels qu'ils sont et nous essayons de les aider, mais
nous ne nous soucions pas du bénéfice que nous allons tirer de cette
relation. Le véritable amour n'est pas jaloux, possessif, ni limité
à un petit nombre de proches et d'êtres chers. Mais il est impratial
et on le ressent pour tous les êtres.

         - Si nous arrêtons d'attendre quoi que ce soit des  autres et
abandonnons notre attachement à eux, ne risquons-nous pas de devenir
cyniques et de ne plus avoir confiance dans les gens ?

En tant qu'êtres social, nous attendons des autres, selon les
situations, certaines manières et certains comportement. Par exemple,
nous attendons que notre collaborateur ou notre collaboratrice nous
salue quand nous le saluons. Nous attendons que les personnes avec qui
nous travaillons sur un projet fassent leur part de travail. De telles
attentes sont normales. La difficulté commence quand nous nous mettons
en colère ou quand nous nous sentons blessés si un epersonne ne
répond pas à ce que nous attendons d'elle. Nous pouvons penser : "
très bien, je n'attendrai tout simplement plus rien de personne", mais
cette attitude n'est que du cynisme, ce n'est qu'une autre émotion
négative - qu'il ne faut pas confondre avec l'abandon de
l'attachement. L'attitude que nous chercons à cultiver espère quand
même que les autres vont être fiables, mais ne s'attend pas à ce
qu'ils le soient tout le temps. Nous avons toujours une confiance
fondamentale dans la gentillesse des gens, mais nous pouvons accepter

que celle-ci ne se montre pas, car nous nous rappelons que, tout comme
nous, ils sont parfois envahis d'émotions négatives et de confusion.

Posté par namgyel à 13:30 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 septembre 2005

Si nous sommes détachés, pouvons-nous rester avec notre famille et nos amis ?

"Détachement" n'est pas une traduction exacte du concept bouddhiste. "non-attachement" serait plus juste. Le détachement peut impliquer de ne pas se sentir concerné, d'être froid et distant. Mais au sens bouddhiste, le non-attachement signifie avoir une attitude équilibrée, qui ne s'accroche pas. Quand nous sommes libres d'attachement, nous n'attendons pas des autres des choses irréalistes, et nous ne nous accrochons pas à eux de peur d'être malheureux quand ils ne sont pas là. Le non-attachement est une attitude calme, réaliste, ouverte, qui accepte. Elle n'est pas hostile, paranoide ni insocialble. Avoir une attitude équilibrée ne veut pas dire rejeter nos amis et notre famille. Cela signifie entretenir avec eux une relations différent. Quand nous ne sommes pas attachés, nos relations avec les autres sont harmonieuses et, en fait, notre affection pour eux s'accroît.

Le bouddhisme insiste sur la nécessité de chérir les autres plus que soi-même. Cela peut-il conduire à des relations de co-dépendance dans lesquelles une personne sacrifie tout le temps ses propres besoins pour faire plaisir à l'autre ?

Non, pas si on le comprend correctement. On peut prendre soin des autres avec deux motivations très différentes. Dans un cas, nous prenons soin des autres de manière malsaine, en ayant l'air de nous sacrifier, mais en réalité en agissant par peur ou par attachement. Les gens qui aiment les louanges, la renommées, les relations, etc., et qui ont peur de les perdre, peuvent apparemment négliger leurs propres besoins pour prendre soin des autres. Mais en fait, ils se protègent eu-mêmes d'une manière stérile. Leurs attentions ne viennent pas d'un amour véritable, mais d'une tentative égocentrique d'être heureux qui les rend, en réalité, plus malheureux.

L'autre manière de prendre soin des autres est motivée par une affection vraie, et c'est celle-ci qu'a encouragée le Bouddha. Cette sorte d'affection et de respect pour les autres ne cherche pas, n'attend pas, quoi que ce soit en retour. Elle s'enracine dans la conscience que tous les autres^êtres veulent être heureux et désirent éviter la souffrance tout autant que nous. De plus, ils nous ont tous aidé, soit dans des vies précedentes, soit dans cette vie-ci, en faisant leur travail, quel qu'il soit, dans la société. En imprégnant notre esprit de ce genre de pensées, nous ressentons naturellement de l'affection pour les autres, et notre motivation à les aider se fonde sur un désir authentique de les voir heureux.

La co-dépendance ne naît pas de ce qu'une personne, dans la relation, serait manipulatrice ou exigeante. Elle évolue quand l'attachement, la colère et la peur de deux personnes, ou plus, se nourrissent les  unes des autres de manières malsaines. si une personne a cultivé le non-attachement et agit avec amour et une compassion vrais, même si l'autre essaie, consciemment ou inconsciemment, de la manipuler, celui dont la motivation est claire ne deviendra pas dépendante d'un schéma d'interactions malsaines.

Posté par namgyel à 15:57 - AMOUR ET COMPASSION - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1